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Christophe Person: “Ce sont les artistes africains et de la diaspora qui ont le plus de choses à nous dire sur l’état du monde”

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Après 5 ans passés à la tête du département Art contemporain africain de PIASA, Christophe Person rejoint Artcurial et prend la direction de son département dédié à l’art du continent. Il développera des vacations à Paris et à Marrakech où la maison de vente française a ouvert une filiale en octobre 2019. Le nouveau directeur orchestrera sa première vente dans la ville ocre, le 30 décembre prochain. Rencontre.

L’intérêt pour l’art contemporain africain n’a cessé de croître ces dernières années. Vous êtes un acteur de ce marché depuis 5 ans. Comment expliquez-vous sa croissance exponentielle ?  

J’ai la conviction aujourd’hui qu’au sein de la production artistique contemporaine, ce sont les artistes africains et de la diaspora qui ont le plus de choses à nous dire sur l’état du monde. Ils en saisissent avec beaucoup plus d’acuité les disparités, sans doute parce qu’ils ont l’occasion de les éprouver eux-mêmes. Certains vivent entre plusieurs pays et ont la capacité de rendre compte de ce qui se passe d’un endroit à un autre. Ils expérimentent de façon quasi permanente ce grand écart entre pays en développement et pays riches, ce qui leur permet in fine d’appréhender tous les sujets de société – migration, écologie, religion, liberté – avec un recul précieux.

Qu’est-ce qui fait l’avant-garde de cet art, somme toute très divers d’un pays à l’autre, d’une région à l’autre? 

En matière d’art africain, il y a des styles, des mouvements et des thèmes de prédilection.  C’est une bonne chose pour les artistes et a fortiori pour le marché. Si on regarde rétrospectivement l’histoire de l’art, on se rend compte que ceux qui font postérité sont ceux qui se sont inscrits à un moment donné au sein de courants de pensée ou d’une école. On a sans doute un peu oublié cela depuis les années 1980 qui ont consacré l’individualité dans l’art. Dans l’art contemporain africain on retrouve ces cohérences. Au Sénégal par exemple, les artistes de générations différentes s’inscrivent dans la lignée d’une peinture totémique qui n’est pas la représentation de l’art tribal traditionnel mais des compositions faites de personnages chimériques à mi-chemin entre l’homme et l’animal. On les retrouve dans l’art moderne des années 1960-1970 mais aussi dans la production d’une certaine période de Soly Cissé ou dans celles d’un jeune artiste comme Aliou Diack. Cette cohérence, qui s’étale sur 50 ans, il me semble primordial de la montrer. De même pour les réflexions sur la représentation du corps noir dans la peinture ougandaise ou sur l’urbanité chez les peintres ivoiriens. Cela participe de la pédagogie qu’une galerie ou une maison de vente se doit de faire.

Chéri Samba (Né en 1956) L'homme qui mange de la peinture, 1999, 76,7 × 96 cm.

Quelles sont vos ambitions pour le département art contemporain africain chez Artcurial? 

Artcurial a une très bonne assise de collectionneurs sur le segment art moderne et contemporain. Ma volonté est de sensibiliser un nombre croissant de collectionneurs et de les amener à l’art contemporain africain non pas parce qu’ils ont un intérêt pour l’Afrique mais parce qu’ils ont un intérêt pour l’art. Ce qui est radicalement différent.

La maison de vente française a ouvert une filiale à Marrakech l’an dernier, vous serez amenés à y organiser des vacations. Comment entendez-vous développer le marché dans la ville ocre ? 

Le marché au Maroc est un marché établi au niveau de la peinture orientaliste bien sûr mais aussi au niveau des modernes. Pourtant il reste relativement local. Je crois que c’est un enjeu intéressant : offrir une plateforme de vente internationale pour les acheteurs mais aussi pour les vendeurs. Et les perspectives me semblent réjouissantes : le Maroc est aussi un accès au monde moyen-oriental qui a de grandes ambitions en matière de collections institutionnelles ou familiales…  Il y a un travail de découverte et de sensibilisation à l’art africain à entreprendre. Il me semble aussi intéressant de valoriser les contemporains marocains qui ont toute leur place sur le marché international mais qui n’ont peut-être pas toute la visibilité qu’ils mériteraient.

Quelles surprises réservez-vous pour votre première vente à la Mamounia en décembre ? 

La vente s’ouvrira sur une sélection de pièces modernes de Baya, Hassan el Glaoui et les artistes modernes du Congo. Nous présenterons plusieurs œuvres d’artistes populaires du Congo, dont Moké et Chéri Samba, des toiles de Côte d’Ivoire d’Aboudia, Boua et Yeanzi, quelques jeunes talents du Cameroun tels que William Tagne ou Franck Kemkend et une sélection d’artistes de l’Afrique de l’Est venus du Kenya et de l’Ouganda notamment.

Propos recueillis par Emmanuelle Outtier

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