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[Enquête] Instagram, nouvelle vitrine de l’art contemporain ?

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Réseau social le plus prisé par les artistes, mais aussi depuis le confinement, par un nombre croissant de galeries, Instagram est en passe de supplanter portfolios et autres catalogues. Est-il une nouvelle vitrine pour l’art contemporain ou un simple effet de mode ?

Pour les artistes visuels, notamment plasticiens ou photographes, nul doute qu’Instagram soit une aubaine. Partage de contenus rapides, grande fréquence de publications, interactions facilitées : pour qui est en quête de visibilité, l’application apparue en 2010 et propriété de Facebook, représente une vitrine parfaite pour montrer son travail. Les photographes confirmés tels que Yoriyas ou M’hammed Kilito ont réussi à transformer leur compte en CV abrégé, comportant souvent un lien vers leur site personnel. Les Stories leur permettent de mentionner leurs différentes expositions ou articles de presse. En somme, un portfolio accessible en ligne et à la disposition de tous.

Une opportunité plus qu’un passage obligé, selon M’hammed Kilito, qui pointe le peu d’impact de l’application sur le monde professionnel de l’art : « Je pense qu’il faut varier les canaux au maximum pour pouvoir avoir la visibilité́ qu’il faut, explique-t-il, d’autant qu’on ne sait jamais par où les opportunités arriveront. Instagram est une application gratuite, le média social le plus utilisé aujourd’hui et qu’il faut certainement avoir. À chaque fois que je suis contacté́ par un professionnel de l’industrie, reconnaît-il, je lui demande comment il est tombé sur moi, jamais ce n’est à travers Instagram. » 

Capture d'écran du compte instagram du photographe M'hammed Kilito. Courtesy M'hammed Kilito.

Pour autant, sans cette application, n’aurions-nous pas vu éclore ces derniers mois toute une série de collectifs, notamment de photographes, se réunissant pour gagner en visibilité : de @koz.collective à @noorseen.collective, en passant par @dardoproject ou @interval__, l’union fait la force ; avec un bémol cependant : ces comptes collectifs comptabilisent parfois jusqu’à 10 fois moins de followers que les comptes privés auxquels ils sont affiliés.

Les galeries d’art ne sont pas en reste qui se sont toutes converties à l’application, avec des réussites plus ou moins heureuses. Certaines, à l’image de la galerie Shart, maîtrisent l’art du teaser avec un suspens digne d’un film de Hitchcock. En témoigne la dernière exposition The Bank de Mohamed Said Chair annoncée tout d’abord sans mention de l’artiste et avec ces simples mots : « The Bank – L’art est notre métier ». La galerie en ligne African Arty, fondée à Casablanca par Jacques-Antoine Gannat, qui comptabilise plus de 11 000 followers, est passée maître dans l’art d’accompagner ses artistes à travers les différents réseaux sociaux. Un public souvent jeune : « 60% des contacts ont entre 25 et 44 ans », précise le galeriste, ce qui ne l’empêche pas d’effectuer entre 2 et 4 ventes par mois par le biais exclusif d’Instagram.

Portrait de Karim Chater, courtesy Hassan Hajjaj.

Activistes ou fashion victimes ? 

Du côté des artistes, parfois autoproclamés, la frontière est floue entre les créateurs et les simples influenceurs. Certains évacuent la question, en se présentant comme de simples créateurs de contenus. D’autres, plus adeptes du selfie que de peinture, posent torse nu à côté d’œuvres qui frisent parfois la médiocrité. Dans ce flou artistique surnagent quelques figures déjà iconiques de l’application, à l’image de Karim Chater dont le compte @style_beldi suivi par plus de 126 000 followers présente l’artiste dans des mises en scène terriblement fashion où il s’agit de célébrer une moroccan touch aussi moderne que traditionnelle. Hassan Hajjaj, qui s’est empressé de photographier le phénomène, ne s’y est pas trompé !

Inès Bouallou, Autoportrait de la série de photo "Blood, Pressure, Liberation".

Mais Instagram reste surtout le terrain privilégié d’artistes activistes qui profitent de la visibilité offerte pour mener des combats intimes, comme le fait la jeune photographe Inès Bouallou qui se présente comme féministe et soutien de la cause LGBT. Ses autoportraits n’hésitent pas à aborder les questions taboues du viol ou des violences faites aux femmes, dans un esprit des plus subversifs. « Dépression, anxiété », elle cherche à révéler « tous les démons qu’on a à l’intérieur de soi : une manière de dire aux autres qu’on n’est jamais seul. » Son compte a décollé il y a deux ans quand une série de photos a abordé la question des menstruations et de la virginité : « Tout un buzz », avoue-t-elle, en reconnaissant que la plupart des commentaires étaient plutôt positifs.

Mais si l’on franchit l’Atlantique, Instagram devient un terrain d’expérimentation encore plus jubilatoire. En témoigne le compte de Meriem Bennani proposant en lien une playlist éclectique et, conçus pendant le confinement, plusieurs épisodes d’une animation intitulée 2 Lizards où nos vies confinées sont littéralement sublimées par de sympathiques créatures animales !

Cinthia Sifa Mulanga, Ma petite poupée noire (my little black doll), technique mixte, 68,5cm x 99cm. Courtesy African Arty.

Instagram : une vitrine pour l’art contemporain ? Oui, s’il s’agit d’utiliser l’application pour se faire connaître ou faire la promotion de son travail. Mais la superficialité guette souvent même les plus aguerris et la confusion reste grande entre une simple image que l’on se contente de faire défiler et un travail artistique réclamant labeur et endurance. « Le monde d’Instagram, analyse Jacques-Antoine Gannat, est surtout un monde de belles choses. » Le clinquant et une certaine forme de narcissisme ont la cote. « Les artistes qui ne sont pas eye catchy vont générer moins de commentaires et de partages », souligne le galeriste qui ne craint donc pas la concurrence de ce nouvel outil de diffusion.

Olivier Rachet

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