Beau score chez Sotheby’s pour les building blocks chromatiques de Soufiane Idrissi

C’est un succès, à bien des égards, inattendu qu’a rencontré l’artiste Soufiane Idrissi. Son œuvre Painting with Artificial Intelligence, estimée entre 4 000 et 6 000 livres sterling, a été adjugée à 15 120 £ mercredi 10 novembre, lors d’une vente digitale Contemporary Curated organisée par Sotheby’s à Londres.
« Cette vente va certainement catalyser le marché », dit Mehdi Hadj Khalifa, galeriste de l’artiste à Casablanca. Pas peu fier d’avoir été de ceux qui ont tôt cru en l’approche de Soufiane Idrissi, au moment où le regard des collectionneurs nationaux brillait pour d’autres artistes. « Je ne m’attendais pas à ce qu’il fasse partie de la sélection de Sotheby’s. Quand on voit la liste des artistes choisis, on retrouve de très grands noms, comme Anish Kapoor, Salman Toor, Banksy ou encore Christo. Il fait désormais partie des rares Marocains à avoir accédé au catalogue Sotheby’s », se réjouit Hadj Khalifa, que cette reconnaissance surprend mais n’étonne guère. « Le marché est le buvard de la consistance de l’art, et Soufiane Idrissi est un artiste qui, depuis plusieurs années déjà, a développé une démarche intéressante et sérieuse ».

Initiées en 2013 par Sotheby’s, les ventes digitales Contemporary Curated sont confiées à des people de la mode, du sport ou de la musique et qui proposent une sélection d’œuvres. Après Oprah Winfrey, Steve Aoki ou encore Margherita Missoni, c’est le joueur de rugby Maro Itoje qui a été le guest curator de l’édition de novembre 2021. Né à Camden en Angleterre de parents d’origine nigériane, le jeune sportif est un avide collectionneur d’art africain. Depuis 2021, Maro Itoje multiplie les incursions ostensibles dans le monde de l’art pour promouvoir la création africaine. Ainsi, en mai dernier, en collaboration avec la curatrice Lisa Anderson et la Signature African Art Gallery de Londres, il organisait l’exposition A History Untold, mettant en avant six artistes du continent et de la diaspora.

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Soufiane Idrissi, Painting with Artificial Intelligence, 2007, peinture de cellulose sur bois HDF, 120 x 90 cm.

Algorithmes et ordonnances géométriques 

Soufiane Idrissi fait partie des têtes d’affiche du mouvement Post-Internet au Maroc. L’artiste, formé aux arts graphiques et à l’informatique, fonde en 2007 le collectif Radar en compagnie de Mohammed Chrouro, représenté par la même galerie. Il exécute plusieurs ready-made digitaux ainsi que des œuvres que l’on peut rattacher à la mouvance de l’appropriation art, façon Richard Prince.

En parallèle, son langage plastique s’affine. Depuis 2007 déjà, ses œuvres prennent une facture résolument abstraite: zones de couleurs aux contours géométriques nettement définis, aplats chromatiques, etc. Les ordonnances géométriques de l’artiste, ainsi que ses enchaînements chromatiques, rappellent en certains aspects le travail de Sean Scully. Quelques années plus tard, il plonge dans les algorithmes et trouve la formule de sa réussite picturale, en développant un programme qui l’assiste durant le processus de composition.
Réda Zaireg

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