« Des figures » ou comment interroger le portrait à l’heure des selfies

Adepte des figures de style en tant qu’ancien professeur de lettres reconverti à la critique d’art, notre confrère Olivier Rachet nourrit la même passion pour le style des figures. Signant sa première exposition à la Gallery Kent de Tanger, il a proposé à huit artistes de revisiter le genre du portrait. Signe des temps ? Pas du tout, répond la note d’intention qui se situe « à mille lieues des selfies dont on se délecte avec une suffisance narcissique ». Il est question ici de sonder l’âme, dans la plus pure tradition expressionniste. Car, à l’heure où les réseaux sociaux s’abreuvent de mises en scène de soi, « la peinture a gagné en intériorité ce qu’elle a peut-être perdu en souci de représentation », souligne Olivier Rachet.

Nabil-Boudarqa-Conversion
Nabil Boudarqa, Conversion, 2022, technique mixte sur toile, diptyque, pièce
unique, 150 x 150 cm. Courtesy de l’artiste et Kent Gallery.

L’exposition réunit donc une série d’œuvres inédites, où l’émotion se palpe à fleur de toile, de papier et d’écran. Les identités diluées d’Omar Mahfoudi font écho à celles, disloquées, d’Amina Rezki. Les figures s’effacent avec la distance de l’exil, comme les énigmatiques personnages d’Aymane Errachidi, dont les visages en forme de grain de sable évoquent les dunes qui l’ont vu naître. Une douleur du déracinement qui se retrouve dans les portraits inachevés de Yassine Chouati qui éclipsent le paysage. Mais avant de se retrouver seul face à soi, il faut se débarrasser du carcan familial, comme celui qu’explore Yasmine Hadni.

C’est quand on cesse de laisser les autres nous définir que peut advenir l’autoportrait, auquel se prête Malek Sordo en empruntant aux codes de la peinture classique. Ici les silhouettes se dédoublent (Nabil Boudarqa), là les masques tombent (Christophe Miralles), mais partout on se rappelle que « je est un autre ».

Laetitia Dechanet

— « Des figures », exposition collective, Gallery Kent, Tanger, du 10 mars au 10 mai 2023.

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