TOUJOURS LE POING LEVÉ

Sous la houlette d’Abdellah Karroum, le Mathaf de Doha accueille «Revolution Generations», une exposition qui brosse le portrait de plusieurs générations révolutionnaires.

 

Houda Outarahout 

 

 

Au détour de couloirs rouges et gris, une grenade dégoupillée de l’artiste turc Erinç Seymen toise un empilement de bouteilles de butane de l’Égyptienne Amal Kenawy. Atmosphère explosive au Musée d’art moderne de Doha, qui abrite l’exposition « Revolution Generations ». Proposée par Abdellah Karroum, directeur du Mathaf et commissaire d’exposition, cette préfiguration plonge le visiteur au cœur d’un récit fondateur des sociétés contemporaines. Entre troubles et bouleversements, l’exposition explore ainsi trois grands chapitres historiques, au cours desquels une quarantaine d’artistes du monde arabe livrent leur version du changement. Des années 1950, marquées par d’âpres luttes pour les indépendances en Afrique, Asie ou Amérique latine, aux virulentes révolutions du Printemps arabe, faisant tomber des régimes autocrates, en passant par les nébuleuses et complexes années 1970, rythmées par de sinistres bruits de bottes, « les artistes et intellectuels ont créé des projets de résistance, transcendant les frontières et dénonçant les injustices », souligne Abdellah Karroum. « La décennie qui précède le Printemps arabe voit émerger des œuvres très importantes, annonciatrices de cette explosion sociale. L’œuvre d’Amal Kenawy en est l’une des plus emblématiques. Elle illustre très bien l’idée de Génération 00. L’artiste évoque une société sur le point d’exploser, quelques mois avant que la révolution n’éclate en Tunisie et en Égypte », précise le curateur. Si les histoires diffèrent d’une époque à une autre, les artistes, acteurs des mutations qui ont secoué leurs sociétés, ont résolument été sensibles à ces mouvements. Selon Abdellah Karroum, les œuvres exposées sont « des objets de mémoires, disposant d’un pouvoir de provocation intact ». Réunies sous la bannière de « Revolution Generations », les créations d’Erinç Seymen, Inji Efflatoun, Mona Hatoum ou encore Farid Belkahia participent d'un même objectif : susciter une « réflexion sur le présent ». Un éveil indispensable qui passe invariablement par une « connaissance des origines des situations sociales actuelles », déclare Abdellah Karroum. « Nos sociétés sont malades, leurs systèmes de gouvernance corrompus et les tyrans au pouvoir inconscients », condamne-t-il. Le curateur en appelle à porter un « regard sur le monde, sur l’histoire, pour nous aider à éduquer les générations futures et espérer une vie meilleure, voire la paix… ». Au chevet de sociétés souffrantes, l’art dispose d’un indéniable « potentiel de participerauchangement». 

 

 

«Revolution Generations», Musée d’Art Moderne de Doha, jusqu’au 16 février 2019

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