L’Afrique, un drapé de liberté

Il y a, dans le bruit d’une époque, les effets de mode, les tics de langue, les obsessions du moment, les opportunismes, certes. L’intérêt appuyé pour l’Afrique, son économie, son territoire, ses arts primitifs, son art contemporain, tient en partie de tout cela. Mais la persistance du recours à l’Afrique, de l’économie à l’art contemporain en passant par la mode, porte autre chose, en particulier dans les territoires d’Afrique du Nord. Un espoir, un souffle, un sens, une identité, un drapé de liberté… qui sont la matière même de Diptyk. 

Il y a la volonté de créer un marché de l’art africain qui nous soit propre, affranchi du recours à l’Europe. C’est ce que fait la 1-54 African Art Fair, dont la 6e édition tout juste passée à Londres montre que tout est possible : plus de galeries africaines, plus de collectionneurs africains, et de la grande, très grande peinture, débarrassée de tout recours à l’anecdotique ou au folklorique. À Marrakech en février, il faudra que les collectionneurs marocains soient au rendez-vous de cette révolution. 

Il y a le nouvel archétype de l’artiste contemporain africain, ancré dans le local, reconnu à l’international, exposé à Art Basel, avec une œuvre où l’efficacité plastique le dispute à la pertinence du discours. L’artiste camerounais Barthélémy Toguo, auquel Marie Moignard consacre un beau portrait, illustre cette dialectique local/global, chacune des ses œuvres portant une force et le souvenir d’une faiblesse. 

Et puis il y a la réécriture de l’histoire selon le point de vue africain. Comment comprendre que la grande rétrospective consacrée par le Mucem à Mohammed Kacimi, peintre marocain d’envergure décédé il y a 15 ans, se fixe sur la décennie africaine du peintre (1993-2003) ? Dans ces années décisives, on voit Kacimi rompre avec l’art occidental et les différents courants esthétiques l’ayant influencé durant son parcours, pour « ouvrir une nouvelle voie, beaucoup plus personnelle, caractérisée par une expression sans contrainte, libre, et de plus en plus transdisciplinaire », lit-on dans le texte d’introduction. 

En se fixant sur ce moment africain, documenté par une sélection d’œuvres exemplaires et de documents d’archives significatifs, cette exposition montre un Kacimi en véritable passeur pour les nouvelles générations d’artistes issus du monde arabe. Elle redéfinit la figure de l’artiste post-Indépendance qui saute le pas vers l’époque contemporaine, en revêtant le drapé africain de liberté. Diptyk y consacre un dossier, réalisé par Kenza Sefrioui, et un hors-série à paraître. 

Si cela ne suffit pas, lisons l'entretien que nous accorde Amadou Diaw, l’homme de Saint-Louis, fondateur du MuPho (musée de la photo). À quelques semaines de son forum de Saint-Louis, il explique sa volonté de réunir les forces africaines, les penseurs divergents – pour, selon la formule de Felwine Sarr, « renouveler les imaginaires et mieux habiter le monde ». 

 

 

Meryem Sebti 

Directrice de la publication et de la rédaction 

 

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