Prête-moi ton rêve : Vers une nouvelle ingénierie africaine ?

Inaugurée en grande pompe à Casablanca en juin dernier, l’exposition panafricaine « Prête-moi ton rêve » poursuit son itinérance contre vents et marées. En attendant sa troisième escale à Abidjan,  petit détour par Dakar pour mieux comprendre les enjeux qui entourent ce nouveau modèle d’exposition.

Elle poursuit son chemin, bon an mal an. Démentant les Cassandre qui prédisaient un échec, l’exposition itinérante « Prête-moi ton rêve » a fait une première escale à Dakar. Les écueils sont nombreux : projet pharaonique avec six escales prévues en un an, difficultés de circulation des œuvres en Afrique, budget réduit à peau de chagrin après Casablanca… « Nous avons peut-être trop dépensé sans forcément anticiper la suite, reconnaît Fihr Kettani, le secrétaire général de la FDCCA, qui ne minimise pas les difficultés financières. Cela fait partie de l’apprentissage. N’oublions pas que la structure a 10 mois à peine.» Portée par les grands noms qui figurent dans l’exposition principale, la fondation marocaine construit, chemin faisant, son réseau et son modèle. À Dakar, le timing a été choisi avec soin et l’exposition inaugurée pour le premier anniversaire du Musée des civilisations noires. Un partenariat gagnant public-privé qui s’était scellé à Casablanca : la jeune fondation a pu compter sur l’État sénégalais pour faciliter l’entrée des œuvres sur le territoire ; le musée dakarois, flambant neuf, sur une exposition clé en main, alors qu’il ne possède pas encore de collection propre. « Prête-moi ton rêve » profite aussi de l’aura de Dakar. La capitale sénégalaise, qui fête cette année les 30 ans de sa biennale, est historiquement un haut lieu de la culture en Afrique. Sa scène intellectuelle, avec en tête de proue l’économiste Felwine Sarr, qui orchestre les Ateliers de la pensée depuis 2016, est une avant-garde sur les questions de restitution du patrimoine africain et de décolonisation des arts. Un terreau qui entre en résonance avec les ambitions de départ de « Prête-moi ton rêve », exposition africaine pour les Africains.

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Bill Kouélany, Sans titre, 2018, technique mixte sur toile, 113 x 140 cm

Quant à savoir si « Prête-moi ton rêve » invente une ingénierie qui fera date, « peut- être », répond modestement Fihr Kettani. La FDCCA navigue à vue et tente de transformer les difficultés en forces. Résultat, l’exposition principale change au gré des opportunités. La tenture majestueuse d’El Anatsui prêtée par October Gallery à Casablanca disparaît des cimaises à Dakar, notamment en raison du coût pour assurer l’œuvre du maître. Un plafond de verre, dès lors que l’artiste est coté sur le marché de l’art international ? Les organisateurs s’adaptent : « Nous pensons solliciter les collectionneurs locaux. Au Nigeria, un collectionneur serait prêt à exposer une œuvre d’El Anatsui qu’il possède », confie le commissaire de l’expo Yacouba Konaté. D’autres artistes rejoignent le projet, comme l’excellente Camerounaise Angèle Etoundi Essamba, qui confère à ses modèles photographiées en noir et blanc une élégance toute victorienne. Si tout n’est pas parfait – certaines œuvres de Samuel Fosso ou Sammy Baloji annoncées dans le catalogue n’étaient pas visibles –, quelques bonnes fées veulent croire au rêve : le collectionneur David Brolliet a pour la première fois prêté une pièce de sa collection personnelle, la vidéo NADA, danse avec les morts de Mounir Fatmi.

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Siriki Ky, L’Afrique face à son destin, 2019, métal peint sur bâche en plastique, 400 x 180 x 200 cm

Le projet avance au gré des bonnes volontés et enrichit le carnet d’adresses de la fondation, qui a entraîné dans son sillage El Hadji Malick Ndiaye, le directeur artistique de la prochaine biennale de Dakar.  Le commissaire présentait, parallèlement à l’exposition « Prête-moi ton rêve », une carte blanche dédiée à la scène sénégalaise.

Quant à savoir ce que réserve l’étape abidjanaise? Un beau partenariat, déjà. La FDCCA s’associe au festival MASA, Marché des Arts du Spectacle d’Abidjan (7 au 14 mars 2020), grand rendez-vous culturel ivoirien. Elle exposera au musée des cultures contemporaines Adama Toungara d’Abobo du 12 mars au 19 avril 2020.

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